Le héros récurrent des polars de Gunnar Staalesen se nomme Varg Veum, en vieux norrois (langue scandinave médiévale), l'expression "vargr i veum" signifie "le loup dans le sanctuaire". Varg Veum
est effectivement éloigné de l'agneau qui vient de naître et c'est ce qui fait l'épaisseur du personnage. Il a du quitter le service de la Protection de l'Enfance où il travaillait après avoir
quelque peu malmené un dealer, qu'importe, il devient détective privé.
Ses enquêtes ont pour principal décor la ville de Bergen et Staalesen livre alors, au travers des yeux de son détective, une peinture amère de cette ville, ravagée après la guerre et dans laquelle
les inégalités sociales sont largement marquées, remettant parfois ainsi en cause le modèle norvégien.
Les intrigues sont souvent au service de cette fresque et Staalesen prend le temps d'introduire et de fouiller ses protagonistes pour donner encore plus d'impact au propos. L'humour un brin décalé
et pince sans rire de Varg Veum, ses aventures d'un soir et ses bouteilles d'aquavit descendues en solitaire, ses rapports parfois compliqués avec la police finissent de situer le
personnage.
Je conseille toute la série, mais voici quelques titres qui me sont chers :
La belle dormit cent ans : on retrouve le Varg Veum de la Protection de l'Enfance entre révolte et incompréhension. La bonne société de Bergen est au coeur de l'intrigue et les vitrines
sociales ne tardent pas à voler en éclats.
La nuit tous les loups sont gris : La collaboration lors de la seconde guerre mondiale est loin d'être une exception française. Dans ce roman, Staalesen revient sur cette période de
l'histoire de la Norvège où le régime de Quisling collaborait avec les nazis. Attention aux faux semblants et aux figures prospères qui ont construit leurs richesses sur le mensonge.
Anges déchus : un roman très noir et très proche du héros puisqu'il l'invite à replonger dans sa propre enfance. L'horreur de la violence faite aux plus faibles, aujourd'hui comme avant
les choses changent elles vraiment ?
Des meurtres en série, des vengeances qui en appellent d'autres : un cercle infernal sans fin.
Des polars plus que solides qui valent autant par leurs intrigues que par leurs critiques politiques et sociales et par la véritable fresque que Staalesen réalise dans sa peinture de Bergen et
des moeurs norvégiennes.
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